eh


eh

eh [ 'e; 'ɛ ] interj.
e XIe; onomat.
Interjection, variante de hé. . Eh ! là-bas, arrêtez !... hep. Eh oui ! Eh bien. « Eh ta gueule, eh con ! » (Perec). Eh, eh ! exprime un sous-entendu ironique ou grivois. ⊗ HOM. Et; haie.

I.
⇒EH1, mot inv.
I.— [Eh est employé pour spécifier la (ou les) personne(s) à laquelle (auxquelles) on s'adresse comme destinataire(s) de l'acte de parole]
A.— [Les personnes entre lesquelles s'établit l'acte de parole entrent dans une relation de communication par cet acte même]
1. [Eh précède un nom ou un groupe nominal désignant le destinataire] — V'là Eudore! Eh! Eudore! Eh! cette vieille noix, c'est donc que t'es r'venu! s'écrièrent-ils ensuite (BARBUSSE, Feu, 1916, p. 112). L'épicier, (frappant dans ses mains). Eh la mère, des cartes. Pilar. Voilà, messieurs (CAMUS, Révolte Asturies, 1936, I, 2, p. 404). Monsieur Choque n'a jamais été mordu par un pou? — Je ne sais pas. Eh, vieux con, tu n'as jamais été mordu par un pou? (QUENEAU, Loin Rueil, 1944, p. 57).
2. [Eh précède un adv. de lieu localisant le destinataire] Quand le Joseph les a vu arriver il a crié : — Eh, là-bas, dépêchez-vous (GIONO, Regain, 1930, p. 36). — Eh, là-haut, le petit brun! cria le prélat (BILLY, Introïbo, 1939, p. 48).
3. [Eh précède dis/dites] — Eh! dites donc, la vieille, frottez-moi ça plus sérieusement, que je ne trouve pas une tache! criait M. Gourd (ZOLA, Pot-Bouille, 1882, p. 99). Le garde, s'arrête. — Eh! dites, vous allez trop vite. Comment voulez-vous que j'écrive? Il faut le temps tout de même (ANOUILH, Antig., 1946, p. 206).
4. [La pers. à laquelle s'adresse le locuteur n'est pas explicitée] — Eh! dit le caporal, pas tant de bruit! Si vous avez à vous engueuler, sortez dehors, foutez la paix à ceux qui sont tranquilles (GIONO, Gd troupeau, 1931, p. 203).
B.— [Eh suit une phrase adressée à l'interlocuteur et précède un nom dépréciatif, sans que l'interpellation vise expressément à établir une relation de communication] — Peux pas te garer, eh! ballot! cria un chauffeur de taxi. François s'aperçut qu'il se tenait arrêté au milieu de la chaussée (DRUON, Gdes fam., t. 2, 1948, p. 96). « Il n'y a plus d'heure française, eh! Fada. De Marseille à Strasbourg les Fritz ont imposé la leur (...) » (SARTRE, Mort ds âme, 1949, p. 257).
Rem. L'acte d'énonciation est provoqué par l'attitude de l'interlocuteur ou l'expr. verbale de ses pensées que le locuteur juge ne pas correspondre à l'attitude qu'il attendait de l'interlocuteur dans la situation où ils se trouvent; l'énonciation du locuteur notifie cette inadéquation.
II.— [Eh est employé pour exprimer que le locuteur asserte, découvre, met en doute, exige que l'on confirme l'évidence d'un contenu qu'il exprime ou qui est déjà exprimé dans le cont. ou la situation].
A.— [Eh est employé à l'intérieur d'une énonciation assertive]
1. [En employant eh le locuteur présente comme évident le contenu de l'énoncé qui suit eh; ce contenu est une réflexion personnelle du locuteur qu'il présente comme nouvelle]
a) [Le locuteur fait une constatation] — Qu'est-ce que j'ai encore fait, maman? — Eh... tu ressembles à la fille de mon père (COLETTE, Mais. Cl., 1922, p. 97) :
1. ... il tenait à sa main un morceau de drap qu'en sa qualité de tailleur il s'apprêtait à changer en un revers d'habit. — Eh! Te voilà donc revenu, Edmond? dit-il avec un accent marseillais...
DUMAS père, Le Comte de Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 18.
b) [Le locuteur fait un commentaire à propos de ce qui a été dit ou de la situation] Synon. en fait, à vrai dire.
[Dans une situation de dialogue] Ces dames achetaient des dentelles à pleines mains. — Eh! dit enfin Mouret, quand il put parler, on vend ce qu'on veut, lorsqu'on sait vendre! (ZOLA, Bonh. dames, 1883, p. 459). Vivre lié à Balimont, à Bichat? Autant nier la vie. — Eh, mon cher, dit Raoul avec impatience, la conscience malheureuse, cela aussi doit être surmonté (ABELLIO, Pacifiques, 1946, p. 172).
[Dans un discours suivi ou un monologue intérieur] :
2. Le Recteur rougit, du front à la nuque, mais, au lieu de se mettre en colère, il éclata de rire. En somme, les îliens connaissaient leur propre valeur! Ils se décernaient à eux-mêmes le titre de bons chrétiens! Eh! pour des sauvages ils ne manquaient pas d'ambition!
QUEFFÉLEC, Un Recteur de l'île de Sein, 1944, p. 47.
Spécialement
♦ [L'énoncé est présenté sous forme d'une interr. oratoire] Il vouloit que Claire lui appartînt; eh! ne s'est-elle pas donnée mille fois à lui dans son cœur? (COTTIN, Cl. d'Albe, 1799, p. 175). Sur le plan de l'accoutumance, ma foi est un enfant : eh! ne suis-je pas moi-même de mille manières un enfant? (DU BOS, Journal, 1927, p. 373).
♦ [L'énoncé est une réponse à une question] Pourquoi, ai-je dit? Par calcul, par réflexion? Eh! par instinct (BARRÈS, Cahiers, t. 14, 1923, p. 246). — Mais, Mulot, cela ne me dit pas pourquoi vous avez été condamné, vous qui n'aviez rien fait... — Eh parbleu! Pour faux témoignage (GIDE, Feuillets d'automne, 1949, p. 1097).
c) [Le locuteur évoque qqc. ou qqn sans exprimer explicitement le commentaire qu'il lui inspire] Il se rappelait les paroles de son père, à la croix verte! Eh!... son père! Mais son pauvre père n'était qu'un simple, presque un paysan! (CHÂTEAUBRIANT, Lourdines, 1911, p. 240).
2. [En employant eh le locuteur présente comme évident le contenu d'un énoncé référé à qqc. qui a déjà été exprimé auparavant ou qui était implicite] Vous parlez toujours d'éducation scientifique. Eh! qui donc n'en veut pas! Mais ne vous payez pas de mots. Que veut dire le mot « science » (BARRÈS, Cahiers, t. 8, 1909-10, p. 60). Je considère que je manquerais à mon devoir si je ne vous mettais pas en garde contre un mariage fait dans ces conditions-là. — Eh! à qui le dites-vous! (MONTHERL., Démon bien, 1937, p. 1283).
Rem. Dans ce cas la phrase est toujours exclamative.
3. [Eh est suivi de oui ou de non/si référés à un contenu déjà exprimé dans un énoncé antérieur ou que le locuteur peut déduire de la situation; le locuteur présente comme évident le contenu]
a) [Le locuteur confirme le point de vue de l'interlocuteur (fictif ou réel)] Synon. effectivement.
[Dans un dialogue] Elle ajouta :« Vous venez pour visiter la maison? — Eh! oui, parbleu » (MAUPASS., Contes et nouv., t. 1, À vendre, 1885, p. 703). — Attention aux aspics! murmura un des hommes, courbé vers la terre, sans lever les yeux. — Eh oui, ça mord (MONTHERL., Songe, 1922, p. 49) :
3. Ce jour-là, ayant son tabac à acheter, il était sorti presque tout de suite après Émilienne. Comme il descendait l'escalier, il entendit la voix de Mme Sallé qui causait avec Eugénie. — Eh oui, disait-elle, ça ne m'étonne pas, c'est une jolie fille.
RAMUZ, Aimé Pache, peintre vaudois, 1911, p. 194.
[Dans un dialogue rapporté, ou un monologue intérieur] À ceux qui lui faisaient grief de ne jamais se montrer à la ville, « Eh! oui... Eh! oui... disait-il, je mourrai sans avoir bien connu le visage des hommes! » (CHÂTEAUBRIANT, Lourdines, 1911, p. 9). On me reproche mon optimisme, on me reproche ma confiance. Eh! oui, elle est pleine, ne vacillera jamais (BARRÈS, Cahiers, t. 11, 1917-18, p. 214). Il est parti depuis longtemps Eh oui! Ça fait déjà un bon quart d'heure (PRÉVERT, Paroles, 1946, p. 162).
Rem. L'aspect évident de la réponse du locuteur se trouve parfois souligné par parbleu, pardi.
b) [Le locuteur infirme le point de vue de l'interlocuteur ou notifie l'inadéquation de son comportement; dans un dialogue ou un dialogue rapporté] Camerlin. Voyons! voyons! On peut s'entendre! Rabagas. Non! non! Tous, « l'entourant ». Eh! si! (SARDOU, Rabagas, 1872, IV, 9, p. 193). — Mettez une épingle ici. Eh! non, pas là, ici, près de la manche (ZOLA, Bonh. dames, 1883, p. 692). Est-ce vrai? Je crois rêver Eh non! Ce n'est pas un rêve (APOLL., Casanova, 1918, I, 10, p. 982).
B.— [Eh est employé dans une énonciation interr.]
1. [Eh est suivi d'un énoncé interr. dont le contenu porte sur les propos de l'interlocuteur ou sur son comportement; en employant eh le locuteur demande à son interlocuteur de justifier ses propos ou son comportement]
[Dans un dialogue ou un dialogue rapporté] Ce mot fit rougir Madame de Chasteller. — Eh! Bon Dieu, ma chère, dit Madame de Constantin en s'interrompant, que se passe-t-il donc? (STENDHAL, L. Leuwen, t. 2, 1835, p. 271). — Tenez, vous les voulez? — Eh, qu'est-ce que j'en ferais? (MONTHERL., Célibataires, 1934, p. 784).
Spéc. [L'énoncé est présenté sous la forme d'une interr. oratoire] Eh! Madame Isotta, n'est-il pas de règle que celui qui demande parle longtemps, d'abord, de choses qui ne l'intéressent pas? (MONTHERL., Malatesta, 1946, III, 5, p. 497).
2. [Eh suit un énoncé assertif; en employant eh le locuteur demande à l'interlocuteur de confirmer ou d'infirmer le contenu de l'énoncé afin de conforter sa propre croyance; dans une situation de dialogue uniquement] Synon. n'est-ce pas. — Et la créature qui est avec lui, c'est sa fille, eh? Maria... — Ouais (HÉMON, M. Chapdelaine, 1916, p. 12). Et demain, en étude, j'irai voir un peu avec vous ce devoir d'allemand! et à la Schola, ça ne va pas fort, eh? (MONTHERL., Ville dont prince, 1951, I, 1, p. 860).
3. [Eh n'est suivi d'aucun énoncé; en employant eh le locuteur manifeste qu'il a été soudainement tiré d'un état de distraction, de torpeur par un stimulus quelconque (bruit, question, etc.) et demande à l'interlocuteur de lui dire quelle est la signification de ce stimulus] Faible bruit d'une sonnette qui tinte. Coufontaine. — Eh? Sygne. — C'est M. le curé qui est venu dire la messe comme il l'a promis (CLAUDEL, Otage, 1911, I, 1, p. 234). Le Duc, « comme si on le réveillait en sursaut ». — Eh? Le Général. — Quoi, « eh? » je vous demande si c'est votre avis? (FEYDEAU, Dame Maxim's, 1914, III, p. 17). Hugo tape à la machine. (...) Ivan se promène de long en large. Ivan. — Dis! Hugo. — Eh? Ivan. — Tu ne pourrais pas t'arrêter de taper (SARTRE, Mains sales, 1948, 2e tabl., 1, p. 35).
C.— [L'énoncé qui suit eh est introduit par mais]
1. [Le contenu de l'énoncé présente un argument contraire à une opinion qu'avait le locuteur auparavant; en employant eh le locuteur signifie que cet argument devient évident pour lui] — Popinot est sorti sans permission, dit César en ne le voyant pas. Eh! mais, il ne couche pas ici, je l'oubliais (BALZAC, C. Birotteau, 1837, p. 150). Avide de briller, Gilbert s'y risqua un jour. — Des vers! Eh! mais c'est charmant, charmant (ARLAND, Ordre, 1929, p. 120).
2. [Le contenu de l'énoncé présente un argument contraire à une opinion qu'avait l'interlocuteur; en employant eh le locuteur signifie que cet argument est évident pour lui] Que veux-tu de plus? — Eh mais, la lettre. — La lettre est pour moi (E. DE GUÉRIN, Lettres, 1834, p. 12) :
4. Et voici les premières maisons de Serravalle, la seconde ville de la République après Saint-Martin. Nous nous y arrêtons. Eh! mais, pour envoyer des cartes postales timbrées de ce bureau : cela est d'une importance capitale pour les collectionneurs.
LARBAUD, A. O. Barnabooth, 1913, p. 220.
3. [L'énoncé constate un fait qui jusqu'alors avait échappé à l'attention du locuteur ou qu'il avait oublié; en employant eh le locuteur signifie que le contenu de l'énoncé devient évident pour lui ou rappelle à l'interlocuteur qu'il l'était déjà] Enfin un élève de Cottard... — Eh! mais à propos, je ne vous faisais pas mes condoléances, il a été enlevé bien vite, le pauvre professeur! (PROUST, Prisonn., 1922, p. 241). À l'enregistrement, ils déclareraient les deux tiers. — Eh! Mais, vous n'avez pas signé encore? Nous allons souper; vous ne perdrez rien à causer avec moi (POURRAT, Gaspard, 1930, p. 166).
D.— [Eh est suivi de quoi; en employant eh le locuteur justifie son opinion]
1. [Le locuteur présente comme évidentes les raisons de ne pas croire à l'opinion de l'interlocuteur, opinion qu'on lui présente, qu'il rapporte ou qu'il déduit du comportement de l'interlocuteur]
a) [L'énoncé qui suit eh quoi contient deux assertions dont l'une reprend le contenu de l'opinion de l'interlocuteur (ou de son comportement) et l'autre présente une conséquence de cette opinion jugée comme contradictoire avec celle-ci par le locuteur] Si cette idée était vraie, je n'y survivrais pas. Eh quoi! J'aurai travaillé pendant quarante ans de ma vie, (...) j'aurai sué des averses, (...); et aujourd'hui ma fortune, ma vie s'en iraient en fumée! (BALZAC, Goriot, 1835, p. 252) :
5. — Eh quoi! lui disait à quelques jours de là le père Anselme, vous auriez, au cours de vos erreurs, propagé par tous les moyens l'hérésie, et vous vous déroberiez aujourd'hui à l'enseignement supérieur que le ciel entend tirer de vous-même?
GIDE, Les Caves du Vatican, 1914, p. 704.
Spéc. [La seconde assertion est présentée sous la forme d'une interr. oratoire] Eh! quoi, dira-t-on, en affirmant que l'état d'un système artificiel dépend exclusivement de son état au moment précédent, (...) ne mettez-vous pas le système dans la durée? (BERGSON, Évol. créatr., 1907, p. 21).
b) [L'énoncé qui suit eh quoi présente l'opinion de l'interlocuteur jugée contradictoire avec l'opinion ou le comportement que le locuteur attendait de lui] Tout commence par des reproches réciproques. Eh quoi! Tu me dépouilles! Tu m'enlèves mes enfants et mon bien! Et même ces idoles dont tu n'as que faire, tu me les dérobes! (CLAUDEL, Poète regarde Croix, 1938, p. 300).
Spéc. [L'énoncé est présenté sous forme d'une interr. oratoire] :
6. Je relus le Songe d'une nuit d'été, Le Roi Lear. (...) je relus Julie, les confessions. Eh quoi! me disais-je, ce Shakespeare, ce Rousseau! n'ont-ils donc jamais tenu un caillou dans leurs mains?
MILOSZ, L'Amoureuse initiation, 1910, p. 89.
c) [L'énoncé qui suit eh quoi est une question par laquelle le locuteur demande à l'interlocuteur de justifier son comportement qu'il juge en désaccord avec celui qu'il devrait avoir] L'abbé Badilon n'est pas loin. Dois-je le faire venir? Silence. Sygne, ai-je bien compris? Eh quoi, vous ne dites rien? (CLAUDEL, Otage, 1911, III, 4, p. 302). Je cherche quelle est mon objection contre mon mariage avec Gertie. J'ai essayé de me dire : eh quoi, si tôt? avant d'avoir eu ta part d'aventures? (LARBAUD, Barnabooth, 1913, p. 286). — C'est lui que Monaco a établi geôlier en chef de Léon XIII. — Eh! quoi! le Cardinal! s'écria la comtesse; un Cardinal peut-il donc être franc-maçon? (GIDE, Caves, 1914, p. 753).
2. [En employant eh le locuteur présente comme évidentes les raisons fondant une opinion ou un comportement qui lui sont propres] J'assumai mon bonheur comme une vocation. Eh quoi! pensais-je alors, si ton âme avec ton corps doit se dissoudre, réalise au plus tôt ta joie (GIDE, Nourr. terr., 1897, p. 258). « ... Mon cher, c'est ridicule, mais j'étais ému. Ces braves gens! Eh quoi, je m'étais senti un peu Italien! » (LARBAUD, Barnabooth, 1913 p. 266). Elle, ici, déjà! Eh quoi, elle nous a suivis dans notre longue et pénible émigration! Elle est attirée... (BARBUSSE, Feu, 1916, p. 75).
Rem. La présence de eh est obligatoire dans ce cas.
E.— [Eh est redoublé; eh eh marque que le locuteur établit une complicité du savoir entre lui-même et l'interlocuteur]
1. [Le locuteur fait part à l'interlocuteur d'une réflexion personnelle]
a) [L'énoncé suit eh eh] — « Nous n'avons plus l'âge des folies, n'est-ce pas, Monsieur Bouvard? — Eh! eh! moi, je ne dis pas ça » (FLAUB., Bouvard, t. 1, 1880, p. 108). « Eh, eh! faisait-il en se frottant les mains et lançant son coup d'œil dans l'espace, on pourrait se fâcher là-haut! » (VALLÈS, Réfract., 1865, p. 124).
b) [L'énoncé précède eh eh] C'est que c'est une bonne cliente pour ce qui est du champagne, eh! eh! continuait l'avocat avec un gros rire (G. LEROUX, Roul. tsar, 1912, p. 13). « Elle ira pour vous chez les éditeurs et, comme elle est jolie, eh! eh! elle vous obtiendra de beaux contrats », achevait Costals, plein d'âcreté (MONTHERL., Démon bien, 1937, p. 1268). D'autre part, je sais aussi que, vers la même époque, vous serez dangereusement excité... Eh, eh! ajouta-t-il en riant (ABELLIO, Pacifiques, 1946, p. 73).
Spéc. [Eh eh est employé seul] :
7. Quel est donc ce roi, Paccoux, qui a bu du vin au berceau? — C'était Henri IV, Monsieur; c'est ce qui l'a rendu paillard. — Eh! eh! mon ami, dit le bonhomme en appliquant une claque sur les mollets nus du gamin,...
DANIEL-ROPS, Mort, où est ta victoire? 1934, p. 186.
2. [Le locuteur annonce à l'interlocuteur, ou lui rappelle, qu'il sait qqc. que ce dernier croyait qu'il ignorait] Alors un soldat déposa aux pieds de l'officier le filet plein de poissons, qu'il avait eu soin d'emporter. Le Prussien sourit :« Eh! eh! Je vois que ça n'allait pas mal (MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Deux amis, 1883, p. 191).
3. [Le locuteur indique à l'interlocuteur qu'il prend connaissance de qqc. qu'ils ignoraient l'un comme l'autre] — Eh, eh, eh! dit Caderousse, qu'aperçois-je donc là-bas, au haut de la butte, dans la direction des Catalans? Regarde donc, Fernand, tu as meilleure vue que moi (DUMAS père, Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 33).
Rem. Dans ce cas eh eh se trouve toujours en tête de l'énoncé.
F.— [Eh est suivi de là; en employant eh là le locuteur manifeste son étonnement face au comportement de qqn] — Eh là! Eh là! Est-ce qu'il est fou, ce gaillard-là de courir comme un dératé! Il a failli me flanquer les quatre fers en l'air! (COURTELINE, Train 8 h 47, 1888, 1re part., II, p. 21). Le geôlier a à peine le temps de se porter vers elle pour la soutenir. M. Tubbs. — Eh là! Asseyez-vous sur le banc! Je vais vous chercher un verre d'eau! (CAMUS, Requiem, 1956, 2e part., 7e tabl., p. 919).
Rem. Dans tous ses emplois eh peut être remplacé par hé.
Prononc. et Orth. :[e] ou d'apr. DUB. et Lar. Lang. fr. []. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. Cf. eh2.
II.
⇒EH2, onomat.
[Eh est habituellement répété au moins trois fois; employé dans le discours écrit pour noter et transcrire des éclats de rire] — Oh! ça, Général! ... (riant). Eh! eh! eh! Vous n'en mettriez pas votre main au feu? Tous trois, riant. — Eh! eh! eh! eh! eh! Le Général, même jeu. — Mon Dieu, ma main au feu! ... Ma main au feu! ... Eh! eh! eh! vous savez, ce sont de ces choses qu'on répond par politesse... (FEYDEAU, Dame Maxim's, 1914, I, 13, p. 19) :
Les huit autres femmes riaient : — « Eh! ... eh... éhé!... ééé!... yabao, cette Yassiguindja... Eéééé!... ». Et elles se tapaient sur les cuisses.
MARAN, Batouala, 1921, p. 48.
Rem. On écrit plus souvent hé.
Prononc. et Orth. Cf. eh1. Var. éée, ainsi que hé (supra). Dans le rire on peut même entendre une aspiration d'où la graph. avec h. Étymol. et Hist. Ca 1050 E! (Alexis, éd. Ch. Storey, 24). Interj. d'orig. onomatopéique.

eh [e; ɛ] interj.
ÉTYM. XIe, e; onomatopée.
———
I Hé.
1 (Sert à interpeller, à attirer l'attention d'autrui). || Eh ! vous. || Eh ! Pierre ! || Eh ! la vieille. || Eh ! là-bas. || Eh ! Reviens. || Eh ! Attention. || Eh ! Faites attention !
REM. Eh n'est pas toujours suivi d'un point d'exclamation; Eh ! n'est pas toujours suivi d'une majuscule. || Eh, là-haut…
1 Eh ! mon ami, tire-moi de danger :
Tu feras après ta harangue.
La Fontaine, Fables, I, 19.
2 Eh ! doucement, de grâce : un peu de charité (…)
Molière, les Femmes savantes, IV, 2.
3 Eh ! Monsieur Ubu, êtes-vous remis de votre terreur (…) ?
A. Jarry, Ubu sur la butte, II, 4, Pl., p. 649.
4 Eh ! je suis encore là, mademoiselle ! Ouvrez-moi…
A. Jarry, l'Amour en visites, IX, Chez la Muse, Pl., p. 890.
(Suivi de dis, dites). || Eh, dites-donc, où allez-vous ? || Eh dis ! || Fais attention.
(Dans une question). Hein, être (n'est-ce pas). || « Ça ne va pas fort, eh ? » (Montherlant).
(Pour apostropher, suivi d'un nom). || Eh ! ballot ! || Eh ! pauv' mec !
Eh, là ! (Vise à modérer, à arrêter qqch. d'excessif).
5 — J'aime Ike et sa Mamie qui lui fait bouillir sa marmite. J'aime Charlotte ma petite.
— Oh ! ça, je n'y crois pas beaucoup.
— Ce n'est pas tout ! J'aime Aphrodite…
— Eh ! là, là, mais vous aimez tout !
Paul Fort, Chansonnette de « N'aimez plus rien ».
2 Marque une émotion, un état émotif de celui qui parle, le plus souvent la surprise, l'étonnement.
6 Eh, qu'as-tu ? Elle pâlit, elle tombe, au secours !
A. Jarry, Ubu sur la butte, I, 2, Pl., p. 638.
(Suivi de mais : note qqch. d'inattendu qui vient à l'esprit ou revient à la mémoire de celui qui parle). || Eh, mais, j'y pense…
(Interrogatif). || Eh ? Comment, hein, quoi.
3 Sert à renforcer le mot qu'il précède. || Eh oui ! || Eh ! non. || Eh ! si. || Eh parbleu !
7 — Mais enfin, Père Ubu, quel roi tu fais, tu massacres tout le monde.
— Eh ! merde ! Dans la trappe ! Amenez tout ce qui reste de personnages considérables !
A. Jarry, Ubu sur la butte, I, 4, Pl., p. 641.
4 (Sert à souligner une opposition, à introduire une digression, une incidente). || Eh ! ne le savait-il pas ? || Eh ! à qui le dites-vous !
8 — Ah ! Mère Ubu, vous me faites injure et vous allez tout à l'heure passer par la casserole.
— Eh ! pauvre malheureux, si je passais par la casserole, qui te raccommoderait tes fonds de culotte ?
A. Jarry, Ubu roi, I, 2, Pl., p. 354.
Eh quoi ! (Sert à introduire un argument contraire à ce qui précède, situation ou discours). || Eh quoi ! || J'aurai fait tout cela pour rien ! || Eh quoi ! déjà ?
5 Eh ! eh ! (Indique un sous-entendu).
9 — (…) Que dis-tu de cela ?
— Ce que j'en dis ?
— Oui.
— Eh, eh.
— Quoi ?
— Je dis que dans le fond je suis de votre sentiment; et que vous ne pouvez pas que vous n'ayez raison. Mais aussi n'a-t-elle pas tort tout à fait (…)
Molière, l'Avare, I, 5.
———
II Eh bien.
1 (Sert à introduire une information, une digression, une opposition, une conclusion par rapport à un contexte donné [situation, discours], à marquer une transition stylistique).
Exclamatif :
10 — Vous chantiez ? j'en suis fort aise :
Eh bien ! dansez maintenant.
La Fontaine, Fables, I, 1.
Dans une question. Alors.
Eh bien oui (marque une concession).
2 (Marque l'émotion du locuteur. → ci-dessus I., 2.).REM. On écrit aussi Hé bien ! → Hé. Noter les déformations familières eh ben, eh bé… (méridional).
3 Eh bien (sert à faire une remarque à autrui sur son comportement).
———
III Répété, sert à noter un rire (plus souvent : Hé !). Ah, hi.
tableau Principales interjections.

Encyclopédie Universelle. 2012.


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